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Un mémoire qui soulève de nombreuses inquiétudes face au projet de TGV dans Argenteuil LECHO DARGENTEUIL
LACHUTE — 1er mai 2026
Par Stéphane Comtois — L’Écho d’Argenteuil
Le projet de train à grande vitesse (TGV) porté par la société d’État Alto continue de susciter de nombreuses réactions dans Argenteuil, alors que citoyens, agriculteurs, élus municipaux et organismes régionaux tentent toujours de mesurer les impacts qu’une telle infrastructure pourrait avoir sur le territoire.
Le 24 avril dernier, le Musée régional d’Argenteuil (MRA) a officiellement déposé un mémoire intitulé Occupation humaine et développement du territoire d’Argenteuil dans le cadre des consultations publiques entourant le futur corridor ferroviaire Québec–Toronto. Le document met en lumière la richesse archéologique, historique et patrimoniale de la région ainsi que les risques potentiels associés au passage du TGV sur les terres de la MRC d’Argenteuil.
Selon le mémoire, Argenteuil présente un potentiel archéologique majeur en raison d’une occupation humaine continue remontant à plusieurs millénaires. Des fouilles réalisées au fil des décennies dans les secteurs de Saint-André-d’Argenteuil, du Long-Sault et de la rivière du Nord auraient permis de découvrir des artéfacts datant de plus de 6 000 ans, témoignant de la présence ancienne de différentes nations autochtones sur le territoire.
Le rapport retrace également plusieurs étapes importantes du développement régional, notamment la création de la seigneurie d’Argenteuil, les premiers moulins, les routes de colonisation, les anciens canaux du Long-Sault, le chemin de fer Carillon-Grenville ainsi que la construction du barrage de Carillon.
« Les grands travaux d’ingénierie ont profondément marqué le territoire. Le patrimoine d’Argenteuil inclut des sites industriels, architecturaux et commémoratifs importants pour notre histoire », souligne l’historien Robert Simard, directeur du Musée régional d’Argenteuil et auteur du mémoire.
Il cite notamment le canal de Grenville, les Monolithes de Carillon, la caserne de Carillon, le hall méthodiste, l’église St. Mungo’s ainsi que le magasin général de Lemuel Cushing parmi les témoins importants du développement historique régional.
Même si aucun tracé définitif n’a encore été confirmé, Alto indique que le corridor actuellement à l’étude traverse notamment les secteurs de Brownsburg-Chatham et de Saint-André-d’Argenteuil. Le futur tracé nécessiterait éventuellement une emprise d’environ 60 mètres de largeur à l’intérieur d’une zone d’étude de près de dix kilomètres.
Cette réalité alimente plusieurs inquiétudes dans la région.
Des citoyens craignent notamment que l’infrastructure vienne fragmenter certaines terres agricoles, couper des champs en deux, modifier des accès routiers ruraux et compliquer les déplacements agricoles quotidiens. D’autres s’interrogent sur les impacts possibles concernant les milieux humides, les vibrations, le bruit et la transformation durable du paysage rural.
Le souvenir des expropriations liées à Mirabel, au barrage de Carillon et à certains grands projets d’infrastructures demeure également bien présent dans l’esprit de plusieurs résidents de la région.
Dans son communiqué, le Musée régional d’Argenteuil affirme craindre « une fracture territoriale » ainsi qu’une possible destruction de sites archéologiques et patrimoniaux importants pour la mémoire collective régionale.
Le conseil d’administration du Musée régional d’Argenteuil et son président, Luc A. Lépine, demandent notamment à Alto et au gouvernement fédéral une reconnaissance officielle du potentiel archéologique autochtone du territoire avant toute intervention pouvant entraîner « une perte irréversible de ces héritages ».
De son côté, Alto affirme vouloir poursuivre les consultations publiques et soutient que les prochaines étapes permettront de raffiner le tracé afin de limiter autant que possible les impacts environnementaux, sociaux et économiques du projet.
Malgré les inquiétudes exprimées, certains participants voient également dans le projet une possibilité de retombées économiques importantes, notamment par la création de milliers d’emplois liés à la construction du réseau et au développement d’une nouvelle expertise ferroviaire au Canada.
Pour plusieurs observateurs, les prochaines années seront déterminantes afin de voir s’il sera réellement possible de concilier un projet national d’envergure avec la protection du patrimoine, des terres agricoles et de l’identité même du territoire argenteuillois.
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LACHUTE — May 1, 2026
By Stéphane Comtois — L’Écho d’Argenteuil
The proposed high-speed rail project led by Alto continues to generate concern across the Argenteuil region as residents, farmers, municipal officials and local organizations attempt to better understand the long-term impact such infrastructure could have on the territory.
On April 24, the Musée régional d’Argenteuil officially submitted a report entitled Human Occupation and Territorial Development of Argenteuil as part of the ongoing public consultations surrounding the future Québec–Toronto high-speed rail corridor. The document highlights the archaeological, historical and cultural richness of the region, while raising concerns about the potential impact of the rail project on lands within the MRC d’Argenteuil.
According to the report, Argenteuil has major archaeological significance due to continuous human occupation dating back thousands of years. Archaeological excavations conducted over the decades in sectors such as Saint-André-d’Argenteuil, Long-Sault and the North River have uncovered artifacts dating back more than 6,000 years, confirming the ancient presence of Indigenous nations throughout the territory.
The report also revisits key chapters in the region’s development, including the Seigneurie of Argenteuil, early mills, colonization roads, the Long-Sault canal system, the Carillon-Grenville railway and the construction of the Carillon dam.
“Major engineering projects have deeply shaped the territory. Argenteuil’s heritage includes important industrial, architectural and commemorative sites that are central to our history,” said historian Robert Simard, director of the Musée régional d’Argenteuil and author of the report.
Among the sites mentioned are the Grenville Canal, the Carillon Monoliths, the Carillon Barracks, the Methodist Hall, St. Mungo’s Church and the Lemuel Cushing General Store.
Although no final route has yet been confirmed, Alto says the current study corridor crosses sectors including Brownsburg-Chatham and Saint-André-d’Argenteuil. The future rail line would eventually require an operating corridor approximately 60 metres wide within a broader study zone measuring nearly ten kilometres across.
That reality is now fueling growing concern throughout the region.
Residents fear that the infrastructure could divide farmland, split agricultural fields in two, alter rural road access and complicate daily farming operations. Others are questioning the potential impact on wetlands, noise levels, vibrations and the long-term transformation of the rural landscape.
Memories of past expropriations related to Mirabel Airport, the Carillon dam and other large infrastructure projects also remain very present in the minds of many local residents.
In its official statement, the Musée régional d’Argenteuil warned about what it describes as a possible “territorial fracture” as well as the potential destruction of archaeological and heritage sites considered essential to the region’s collective memory.
The museum’s board of directors and its president, Luc A. Lépine, are asking Alto and the federal government to formally recognize the Indigenous archaeological potential of the territory before any intervention that could lead to what they describe as “an irreversible loss of this heritage.”
For its part, Alto says consultations will continue over the coming months and maintains that future studies will aim to refine the route in order to minimize environmental, social and economic impacts as much as possible.
Despite the concerns raised, some participants also see potential economic benefits linked to the project, including thousands of jobs associated with construction and the development of new high-speed rail expertise in Canada.
For many observers, the coming years will determine whether it is truly possible to balance a major national transportation project with the protection of heritage sites, farmland and the very identity of the Argenteuil region.